<< Il faut le regarder, ce poète admirable, cet homme malheureux, incapable de surmonter son malheur. Il en reste accablé, même s'il en fait la noblesse unique, s'il voit dans l'ardent sanglot des humains le plus haut témoignage de dignité. Tous les problèmes, il les roule dans la douleur. Il y a certainement quelque chose qui l'empêche de s'ouvrir pleinement devant le monde et la vie, qui le resserre et le referme sur lui-même, sur le plus secret de lui-même. On dirait qu'à peine les yeux ouverts il ne peut soutenir l'étonnante métamorphose, l'infinie prolifération, l'énorme rythme des forces, des choses créées. La nature, le naturel, il en a la nausée. "La femme est naturelle, c'est-à-dire abominable". Il lance l'anathème sur celui qui pousse "la dépravation jusqu'à ne plus goûter que la simple nature", loue le maquillage et les paradis artificiels. >> Préface des Fleurs du Mal
___J'en arriverais à la plus grande lâcheté, si je n'avais la volonté de me reconstruire. Les bases sont fragiles. Je n'ai pas l'impression qu'il soit là pour me soutenir. Je ne sais pas ce qu'il attend de moi. Voilà que j'ai peur. La dépression rend la réflexion plus difficile. J'avance les yeux fermés et les bras tendus. Ce monde m'ennuie. Je fais du mal aux gens sans m'en rendre compte, c'est le comble.
___Non, ce n'est pas encore fini. Je hais le réel, l'ennui est un crime. Je suis à la recherche de quelque chose qui arracherait enfin l'homme à l'ennui.
Pourquoi faut-il être sans cesse déçu par les autres ?
___Elle n'était pas surprise en me voyant dans cet état ce matin, mais elle n'a rien fait. C'est peut-être elle qui pourrait me sauver. Elle ne me tend pas la main. Elle me rejette en me faisant comprendre que je ne suis rien, que tout ce que je fais ne m'apporte rien. J'ai cru au début qu'elle se trompait et me sous-estimait. Maintenant je me rends compte qu'elle avait raison. Je n'ai rien pour moi, c'est terminé. Ma vie à peine commencée me déçoit déjà. J'avais l'air tellement bien. Il avait l'air tellement sincère...
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